Olivier Greif | Lettres de Westerbork

catalogue

Lettres de Westerbork


opus

291

date de composition

1993

création

5 octobre 1993, maison de Radio France, Doris Lamprecht, Alexis Galpérine, Eric Crambes

formation

Voix, 2 violons

éditeur
détails
  • 37 pages
  • durée: 15 mn
  • texte: Extraits des lettres d'Etty Hillesum (Seuil, 1988, trad. Philippe Noble) et de Psaumes de l'Ancien Testament.
écouter un extrait

Commande de Radio France.
Dédié à son père et à Gilles Cantagrel. La partition offerte à son père porte la dédicace manuscrite: “Pour mon cher père, en témoignage de gratitude profonde pour m’avoir fait naître, doublement: à cette terre, et à la musique!”
Les Lettres de Westerbork ont été commandées par Radio France.
L’œuvre est composée de trois mouvements qui s’enchaînent, et prend son inspiration dans deux sources littéraires distinctes. D’une partie des extraits de lettres envoyées à ses proches par une jeune Juive hollandaise, Etty Hillesum, du camp d’internement de Westerbork (Hollande), où elle séjourna un an durant avant d’être déportée à Auschwitz et d’y périr assassinée le 30 novembre 1943.  De l’autre des extraits de Psaumes de l’Ancien-Testament. (On sait qu’Etty Hillesum avait emporté la Bible avec elle à Auschwitz.) Ces deux textes sont répartis dans l’œuvre selon un plan commun à ses trois mouvements ( “L’Arrivée”, “La Nuit”, “Le Départ”). Les textes d’Etty Hillesum sont parlés – à la façon d’un mélodrame – et forment comme un prologue statique – sur une tenue des deux violons – à chacun des mouvements. Les textes tirés de l’Ancien-Testament sont chantés (en anglais) et sont la base poétique des mouvements eux-mêmes.
Le premier mouvement oppose les appels suppliants de la voix (un extrait du Psaume 54 : “Sauve-moi, O Dieu… Entends ma prière”) aux rythmes syncopés des deux violons, qui semblent engagés dans un combat sauvage.
Le second superpose la voix, adoptant l’apparence d’un choral d’église (sur des extraits des Psaumes 22 et 28 : “Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ... Si tu demeures silencieux, je serai semblable à ceux qui descendent dans la fosse”), à des traits virtuoses des deux instruments, en une sorte de course-poursuite fantômatique et frissonnante, qui s’achève sur un mouvement contraire. Tandis que la voix descend dans son registre le plus grave (sur les mots : “Je serai semblable à ceux qui descendent dans la fosse”), les deux violons s’envolent vers les hauteurs. Ce passage évoque pour moi ces vers extraits du poème de Paul Celan “Todesfuge” : “alors vous montez en fumée dans les airs / alors vous avez une tombe au creux des nuages / on n’y est pas couché à l’étroit.
Le troisième mouvement fait se mêler la ligne vocale et les deux lignes instrumentales en une poignante imploration (sur des extraits des Psaumes 61, 88 et 102 : “O Seigneur, entends ma prière et laisse mes larmes venir jusqu’à toi”). Cette imploration prend peu à peu de l’ampleur, culmine sur les mots : “Entends mon cri, O Dieu, entends ma prière”, avant de redescendre et de s’éteindre dans le silence.