Olivier Greif | Office des Naufragés (l’)

catalogue

Office des Naufragés (l’)


opus

354

date de composition

1998

création

1998, Schauspielhaus Berlin, par Maria Husmann, soprano, Eduard Brunner, clarinette, F-I Zichner, piano et le quatuor Vogler (9 morceaux). 2004, Festival des Écrins, par Françoise Kubler, Armand Angster, Alexandre Gasparov et l’ensemble Accroche-Note (10 morceaux).

formation

Voix de femme, clarinette, piano et quatuor à cordes

éditeur
détails
  • 134 pages
  • durée: 46 mn
  • texte: Julian of Norwich, J. Berners, Lady Sarashina, E. Reicher, E. Dickinson, Rabi’a la mystique, A. Akhmatova, V. Woolf, P. Celan.
écouter un extrait

Commande d’Eduard Brunner et du quatuor Vogler. Dédié à Eduard Brunner.
Manuscrit à l’encre, bien lisible, sauf le 4ème morceau, au crayon.
Olivier avait l’intention d’écrire treize morceaux. Les morceaux existants sont d’ailleurs numérotés de 1 à 13, mais les morceaux 5, 7 et 10 manquent. Le 4ème morceau a été retrouvé après la mort du compositeur.
Présentation OG:
La composition de l’Office des Naufragés résulte d’une commande que me fit Eduard Brunner après avoir entendu mon Quintette pour piano et cordes lors du Festival de Kuhmo (Finlande) en 1996. Dès que nous eûmes évoqué ce projet, il m’est apparu qu’il devait associer la voix à la clarinette et s’appuyer sur des textes écrits essentiellement par des femmes, de toutes époques et de toutes origines.
Puis vint une longue période de réflexion. Durant des mois je me suis plongé dans la littérature féminine et ai sélectionné des textes. J’ai rarement autant travaillé sur une œuvre sans en écrire une note. En juillet 97, enfin, j’ai jeté quelques idées musicales sur le papier et ai commencé à établir le plan général de l’œuvre, n’admettant dans son cercle exclusivement féminin que les textes d’un seul homme : le poète Paul Celan, dont la découverte venait de me bouleverser. Puis j’ai à nouveau abandonné mon travail – au profit de la composition de ma 1ère symphonie – pour ne le reprendre qu’en janvier 98, date depuis laquelle l’œuvre a été intégralement écrite en une sorte d’urgence qui est le propre des ultimes lignes droites.
Le mot “Office” est à prendre au sens liturgique. Il indique mon souhait de créer ici une œuvre de musique quasi-religieuse, une sorte de rituel dont l’ordonnancement formel échappe au cadre de la musique pure. L’œuvre est en 13 parties. Les nombres 12 et 13 (rappelons-le, le nombre 12, à l’époque baroque, symbolisait l’Eglise universelle), jouent d’ailleurs un grand rôle dans son élaboration (répétitions, utilisations du total chromatique, etc.).
Les “naufragés” dont il est question ici, c’est nous, ce sont les êtres humains. Je suppose que je vois la vie terrestre comme un naufrage, dont l’issue – pouvant aller de l’anéantissement dans les flots sombres de la douleur à l’abordage sur une île aux rives idylliques – dépend de notre volonté et de notre destin. C’est à cette métaphore que se réfère mon choix de poème “Finisterre” de Sylvia Plath pour la 5ème partie de l’Office (avec son allusion à Notre-Dame des Naufragés “Our Lady of the Shipwrecked”), ainsi que celui du poème utilisé dans la 7ème partie (“A Rathlin Cradle Song”), avec son évocation de la vague sombre de l’océan, “the dark sea wave”. En outre, peut-être ne faut-il pas voir comme un hasard le fait que les deux écrivains des deux parties extrêmes de l’Office (Paul Celan pour la 1ère et Virginia Woolf pour la 13ème) aient tous les deux choisi de mourir par noyade.
L’Office des Naufragés porte en exergue la définition que Sri Aurobindo donne de l’homme dans Savitri : “A traveller between summit and abyss” (un voyageur entre la cime et l’abîme).
Extrait du journal
Septembre 98
J’ai depuis un certain temps l’idée qu’une « mise en scène » conviendrait bien à cette œuvre. Une sorte de mise en perspective dramaturgique au sein de laquelle seraient intégrés les musiciens. Car, au fond, il s’agit ici de « visions » et je ne serais pas du tout opposé (tout au contraire) à ce que ces visions en génèrent d’autres.